Commanditaires, quels choix de professionnalisation des formateurs en UC ?
Afin de mettre en place des dispositifs de certification pour les formations diplômantes dites en unités capitalisables, les formateurs des centres de formation de l’enseignement agricole doivent suivre un « cycle préparatoire », plus connu sous le nom de « formations UC » ou « cycles UC ». Les objectifs généraux de cette formation visent l’acquisition de savoirs sur la réglementation et le fonctionnement des formations par UC, et de savoir-faire en matière d’adaptation de référentiel et de construction du plan et des épreuves d’évaluation. Les cycles UC d’une durée globale de 6 jours sont organisés de 2 façons, modalités d’organisation laissées au libre choix du commanditaire (chargés de FPCA, DR-FCP, CIA). Soit ils suivent un cycle UC qui, avant les sessions en présentiel, intègre un temps de formation tutorée à distance (1J) où le formateur confronte son expérience avec des éléments-clés des certifications par UC. Soit ils suivent un cycle UC, intégrant des temps de formation tutorés à distance plus longs (3J) calés entre les sessions en présentiel ; les stagiaires sont d’une part amenés à construire en petit groupe une situation d’évaluation et ses épreuves, et d’autre part à appréhender, de manière individuelle, l’organisation réglementaire des examens.
Quel peut être l’apport d’une organisation pédagogique qui prévoit davantage de temps de formation collective à distance ? Y a-t-il une plus-value d’un point de vue organisationnel pour les centres de formation ? Cette modalité a-t-elle eu des effets sur l’implication des bénéficiaires de la formation ?
Deux actions de formation ont eu lieu entre mars et juin 2012 pour la Franche Comté, février et juin pour Midi-Pyrénées. Nous avons interrogé les deux commanditaires à ce sujet et voici ce qu’ils nous ont dit !
Choix et intérêt d’un cycle UC proposant davantage de formation accompagnée à distance
Ce qui a motivé le choix de ce déroulement par les commanditaires est initialement une question d’organisation. Le fait qu’une partie de la formation se déroule à distance permet plus de souplesse.
Julien Sauvayre, de Franche-Comté, nous explique : « les directeurs ont souhaité de manière unanime continuer avec cette modalité-là. L’intérêt qu’ils y ont vu est d’avoir des formateurs moins absents du centre. Il y a aussi, pour le commanditaire, le choix de promouvoir la formation ouverte et à distance en lien avec la stratégie régionale en contribuant au développement de la FOAD. « Sur certains thèmes, j’essaie d’expérimenter en mettant en place des formations incluant de l’asynchronisation, de la distance, du travail à partir de plate-forme.
A propos de FOAD, rappelons que dans la conception des parcours TutoFOP, les stratégies choisies ont pour but de favoriser les apprentissages autonomes ; il s’agit aussi, puisque le public est celui de formateurs, de démontrer l’intérêt d’un parcours en FOAD en mettant les formateurs en situation d’en suivre un eux-mêmes ! C’est le principe de la double piste. Cet ensemble de caractéristiques ainsi que l’accompagnement individualisé sont mis en avant par les commanditaires.
Cependant, ils ont souligné l’intérêt pédagogique de ces sessions de formation encadrées, conçues de telle façon que les bénéficiaires sont bien plus impliqués, par le contenu des activités à distance, justement !
Le parcours de formation à distance propose des activités d’appropriation de documents et surtout de rédaction obligeant chaque bénéficiaire à produire quelque chose en lien avec un groupe de travail ; sans avoir fait ces activités, le bénéficiaire ne peut pas aller plus loin dans le parcours. Josette Salesses, chargée d’inspection et de l’apprentissage de la région Midi-Pyrénées, nous explique l’intérêt qu’elle y trouve :
« Le parcours rend les gens beaucoup plus impliqués, plus acteurs car ils sont obligés de lire des documents, de faire un travail en particulier, sinon ils ne peuvent pas continuer. On sait bien que l’on peut participer à une formation en présentiel où il y a des travaux de groupe et ne pas vraiment s’impliquer……Ici, au contraire, à la fin du parcours, on constate que les personnes sont vraiment formées ! Bien sûr, cela sous-entend plus de travail pour eux, des défis pour s’organiser en groupe, etc. Mais les usagers du parcours sont dans une situation où ils ne peuvent faire autrement. A la fin, ils sont non seulement contents de l’avoir fait, mais ils ont acquis de nouvelles compétences et sont formés ». Cette opinion sur l’intérêt de cette plus grande implication en vue d’un résultat optimal est partagée par Julien Sauvayre qui nous donne l’avis des formateurs : « c’était l’occasion de s’y mettre concrètement et ce, avec l’appui des tuteurs à distance »
Cette dimension de tutorat est aussi, selon Josette Salesses, une expérience positive de l’accompagnement en FOAD : « il est très positif qu’ils vivent une situation satisfaisante de suivi à distance bien cadré dans le cadre d’une FOAD, cela leur donne une bonne image de la FOAD». Enfin, les activités du parcours (appropriation des référentiels) permettent une remise à plat de ce qu’on croyait souvent connaître : « faire sauter des règles qu’on s’est imposées aussi bien régionalement que dans le centre par « tradition ».
Conditions de réussite
Quelles sont les conditions de réussite à ce type de parcours UC ? Quel rôle doivent jouer les commanditaires, tels que les directeurs de centre et relais régionaux ?
Les deux commanditaires interviewés rappellent que la souplesse de la formation ne doit pas faire oublier les temps importants de travail pour produire ; cela suppose une volonté et une motivation forte de la part des formateurs pour organiser le temps de travail collectif à distance.
Julien Sauvayre nous donne, en conclusion, les conditions de réussite qu’il juge indispensables :
- des formateurs volontaires et motivés parce que c’est exigeant en termes de travail demandé,
- des directeurs qui sont informés et qui comprennent l’enjeu de cette nouvelle façon de se former.
- des directeurs qui prévoient une organisation pour des temps de formation individuels et collectifs en centre tout au long de l’action des sessions de formation à distance. C’est vraiment un prérequis important.
- le commanditaire (DRAF-SRFD) qui fait passer le message de cette nécessaire organisation auprès des directeurs de centres.
Julien évoque aussi le rôle qu’il a joué :
« J’ai suivi cela tout au long, c’est-à-dire en amont pendant la partie à distance, pendant la première journée présentiel que j’ai introduite. Dans l’intersession, les échanges avec la référente TutoFOP et l’animatrice du présentiel. Moi, j’ai aussi joué mon rôle, en plus des relances des référents, pour tenir les échéances de production. J’ai donc aussi participé à la dernière journée en présentiel qui permettait de faire un bilan global. »
La modalité Tutuc génère des avis plutôt positifs tant de la part des commanditaires que des participants. Ces avis ne doivent toutefois pas occulter le temps important à consacrer aux divers travaux, temps souvent oublié par les directeurs de centre trop satisfaits de disposer de la présence avérée de leurs formateurs dans le centre. Et l’on retrouve alors tous les débats autour de la modalité FOAD : à la souplesse d’organisation proposée aux formateurs s’oppose la non-prise en compte de ce temps de formation par les directeurs ! A l’autonomie générée par une modalité de formation asynchrone est opposée l’impression d’isolement de certains !
Retenons surtout des bilans de fin de formation à distance généralement favorables à une modalité qui a généré non seulement des acquis stabilisés dans le temps mais aussi une souplesse d’organisation et l’expérience réussie de la situation d’accompagnement.
Qu’est-ce que l’apprentissage collaboratif ? Cet ouvrage tente de répondre à cette question de diverses manières. Tout d’abord, cette forme d’activité collective est comparée à une autre, l’apprentissage coopératif.